Points de vue (en trois dimensions…) d’Aimé André

 

 

Une fois de plus, la Petite Galerie du Château de Roussillon accueille des œuvres de créateurs de la Vallée du Rhône : un cadre prestigieux mettant en valeur les expositions qui y sont présentées.

En pénétrant dans la Petite Galerie, on est imprégné par l’harmonie qui s’établit entre les œuvres de pierres et les toiles qui habillent les murs : une rencontre bénéfique qui renforce une autre impression de création, de naissance d’un monde mythique et primitif. Des corps d’hommes-femmes, des nymphes lovées au creux de la pierre de schiste brute : retour aux origines ? Rappel des liens qui nous attachent à notre mère la terre, source de toute vie ? Intensité des commencements ? Des couples tracés avec vigueur se dégage peu à peu une puissance presque brutale : silhouettes ébauchées, les corps envahissent, submergent presque les toiles dont ils font craquer les cadres. Cette impression est adoucie par une palette de couleurs « minérales » évitant l’éclat des contrastes à la mode. On dit que tout créateur se livre dans ses œuvres, selon des forces inconscientes qui lui échappent et conduisent sa main… La vie des hommes dans sa force et ses contradictions s’exprime dans la pierre et sur les toiles : antiques légendes de corps naissants prisonniers de leur gangue, corps en couple, miroirs de nos fantasmes – enlacements – affrontements – domination – soumission - vertiges et destructions - œuvres en écho - destins tracés – métamorphoses !

Merci à ceux qui concrétisent et prolongent nos rêves éveillés.

 

Roussillon le 10/02/2013.

 

(Exposition Petite Galerie : sculptures de J-M Leleu, peintures de Gérard Villemaux, Château de Roussillon, février 2013)

La grâce entre luxe, charme et volupté

 

De retour à Vienne pour la troisième fois, le peintre invite le public à humer l'odeur de ses tableaux aux références antiques ou mythiques, afin de pénétrer dans l'immensité de ses toiles tendues entre passion et conviction, corporalité et spiritualité. La figure humaine comme modèle de prédilection, le fusain ou la brosse comme outil premier, puis la peinture à l'huile comme fidèle partenaire : voici venir des œuvres d'une nouvelle ère. Fervent adepte de littérature, d'art et de culture, l'artiste a été enseignant avant que la retraite ne lui laisse plus de temps pour s'adonner à la création. On retrouve dans son travail d'orfèvre inspiré, des clins d'œil à des artistes comme Van Gogh ou Picasso, ainsi que des scènes classiques, dont il aime se jouer subtilement par l'emploi des titres : "Le vain truc" évoque "Le bain turc" d'Ingres, "Duchamp ou Dupont" rappelle le thème abordé par le célèbre Marcel Duchamp.

A quand remontent les origines de sa passion ? Gérard confie humblement qu'elles datent de ses plus jeunes années. Il dessinait à toute heure, avant que la peinture ne se révèle à lui comme une nouvelle activité vitale. C'est pourquoi il lui arrive encore parfois d'osciller entre le dessin et la couleur, qui entrent dans un tacite conflit avant que l'artiste les départage avec un sens inopiné de l'harmonie. Harmonie des corps et des couleurs, harmonie des lignes et des failles, c'est ici que se joue le travail d'un art qui révèle du détail et de l'émotion, quelles que soient les failles de la passion.

On découvre peu à peu des corps qui s'entrelacent, s'entremêlent ou se détachent et un deuxième élément vient s'ajouter au premier, à force d'attention et de subtilité. Chacun est libre de proposer son interprétation, pour s'envoler dans les contrées imaginaires d'un espace libre ou s'entremêlent les ébats terrestres, laissant part à la magie des instants et la profondeur de l'être.

L'humain est à la fois peint, dessiné, esquissé ou juste évoqué par l'amalgame des tons sobres et le concert des couleurs complémentaires. On s'y retrouve forcément et l'œil regardant s'élève à la recherche d'un partenaire. Quels que soient le temps et le lieu de l'étreinte, la contemplation nous enseigne l'essentiel : l'être n'est-il pas inlassablement en quête d'une partie de lui-même, cachée ou perdue ?

 

La Tribune de Vienne, novembre 2014

Gérard Villemaux parle en corps...

 

Connu et reconnu dans le Pays viennois autant pour son passé d'enseignant que son art profondément habité, Gérard Villemaux revient nous séduire au sein de la Galerie Léty après avoir investi les différents lieux d'exposition de Vienne.

 

Simplement présent, digne représentant d'une œuvre chargée d'émotion, Gérard Villemaux accueille humblement le public jusqu'au 15 septembre. Il présente des toiles de diverses tailles, dont les plus impressionnantes frappent et caressent du haut de leur 130 cm. Toujours et encore des corps au centre d'un art qui capte le destin des êtres et les mouvements de ce monde. Les corps se mêlent et s'emmêlent, s'affrontent ou se fondent l'un dans l'autre jusqu'à en laisser apparaître de nouveaux. Ainsi l'on devine, à force de scruter la toile, des existences probables ou improbables, délicatement agencées et dans un jeu de miroir et de suggestion, d'asymétrie et de superposition qui va jusqu'à diviser le cadre en différentes portions...

D'où lui vient son inspiration ? S'il pouvait nous le dire en mots, Gérard n'aurait aucune raison de le peindre. Mais on peut au moins déceler ses choix : une peinture aux couleurs sobres et naturelles (bleu, gris pierre, ocre sable, rouge terre...) et une mise en scène qui semble suivre le processus de la création. Tout commence par "trois coups de fusain" à partir d'une image, une photo capturée dans un journal ou ailleurs, puis se déroule lentement toute une série de métamorphoses incessantes méritant un temps de repos avant d'être retravaillées. Pris au piège de sa propre créativité, Gérard avoue "ne jamais savoir quand il doit s'arrêter". Mais il finit toujours par trouver le moment inopiné où la toile donnera le meilleur de son expression, en entraînant dans son harmonie "retrouvée", l'âme et les fantasmes de quiconque se livre au jeu de la contemplation.

 

Gaëlle Bardin, L'Essor, septembre 2016